SEDIMENTS - PIGMENTED

5 panels red & white #1 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 190 x 435 cm - 74.8 x 171.3 in

5 panels red & white #1 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 190 x 435 cm - 74.8 x 171.3 in

Red White Rectangle #1, 2017 - acrylic paint, salt, gravel, pigments and minerals on wood panel - 69.3x90.6in | 176x230cm

Red White Rectangle #1, 2017 - acrylic paint, salt, gravel, pigments and minerals on wood panel - 69.3x90.6in | 176x230cm

Red and White Trio Landscape #1, 2017 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 110 x 312 cm | 43.3 x 122.9 in

Red and White Trio Landscape #1, 2017 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 110 x 312 cm | 43.3 x 122.9 in

Red and Black Square #1, 2017 - acrylic paint, pigments, plaster and gravel on wood panel - 62.2x62.2in | 158x158cm

Red and Black Square #1, 2017 - acrylic paint, pigments, plaster and gravel on wood panel - 62.2x62.2in | 158x158cm

Blue and White Trio #2, 2017 - acrylic paint, Tuareg indigo, salt and gravel on wood panel - Triptych: 74.4 x 100.1 in | 189 x 256 cm

Blue and White Trio #2, 2017 - acrylic paint, Tuareg indigo, salt and gravel on wood panel - Triptych: 74.4 x 100.1 in | 189 x 256 cm

Blue Rectangle #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, styrofoam, salt and gravel on wood - 176 x 230 cm - 69.3 x 90.6 in.

Blue Rectangle #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, styrofoam, salt and gravel on wood - 176 x 230 cm - 69.3 x 90.6 in.

Blue Square #1, 2017 - Tuareg indigo, gravel, found objects on wood panel - 62.2x62.2in | 158x158cm

Blue Square #1, 2017 - Tuareg indigo, gravel, found objects on wood panel - 62.2x62.2in | 158x158cm

Blue Plaster Square #1, 2017 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 36.2 x 36.2 in | 92 x 92 cm

Blue Plaster Square #1, 2017 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 36.2 x 36.2 in | 92 x 92 cm

Blue, Green & Purple 5 Panel #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 190 x 435 cm - 74.8 x 171.3 in

Blue, Green & Purple 5 Panel #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, salt and gravel on wood - 190 x 435 cm - 74.8 x 171.3 in

Blue Plaster Rectangle #2, 2018 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 40.1 x 30.3 in | 102 x 77 cm

Blue Plaster Rectangle #2, 2018 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 40.1 x 30.3 in | 102 x 77 cm

Blue Plaster Square #3, 2018 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 24 in x 24 in | 60 cm x 60 cm

Blue Plaster Square #3, 2018 - Tuareg indigo and plaster on wood panel - 24 in x 24 in | 60 cm x 60 cm

Peut-être…

Regardez comment il se dérobe…Il n’a d’autre souci que le désir de s’évader. On ne peut pas l’attraper « vivant ». Il n’existe pas d’affaire de flagrant délit pour la poussière. Rien d’autre qu’une légère frustration. Il s’agit d’un voile de vent qui se pose sur les choses, sur le néant. Il s’applique sur les choses et les choses sur lui alors que la poussière n’est qu’un entre-deux. Yasmina Alaoui crée des œuvres à partir de la terre, de restes de vies, de matières décomposées et colorées telles des fruits pourris, des épaves que l’artiste a arrachées aux sentiers du temps pour, dans son atelier, les laisser coaguler et se repaître de mort, s’insinuer en s’arrêtant de croître pour se muer en pâte… Ce sont les restes qui intéressent la plasticienne, qui les fixe, les fige, pour en sauvegarder la part de magie. Pendant que, dans son atelier, nous regardions des fragments de matières argileuses, elle me confiait que ces tissages auxquels elle procède dégagent une force érotique qui traverse le corps plus que les mains. Ici, la main déçoit. On ne peut palper la poussière comme on ne peut rien obtenir. Car ce que raconte la poussière, l’œil l’entend plus que la main.

En regardant les travaux de Yasmina, tu devineras qu’elle travaille lentement. Force est de rappeler qu’elle ne s’adonne que rarement à ce type de pratique artistique. C’est un exercice auquel elle s’astreint au quotidien en guise de formation et de création à la fois. Sa démarche n’obéit pas à la philosophie de la vitesse, à l’avidité de tout faire et rapidement, le corps tourmenté, incapable de méditer, pressé de produire une œuvre après l’autre sans vision ni dénominateur esthétique commun. Yasmina Alaoui s’adapte plutôt à cette philosophie qui apprend à laisser œuvrer les choses, à ne jamais faire préexister une conception de l’œuvre à l’œuvre elle-même. L’artiste considère toute préparation mentale comme un obstacle, un écueil qui ne peut aboutir qu’à une production commerciale et simpliste. Dans son art, il s’agit d’un fleuve, tel le fleuve Tao, qui, disait Lao-Tseu, « est quelque chose de fuyant, d’impossible à saisir ». A l’instar de la cendre dans l’une de mes propres séries, la poussière dont use Yasmina dit le plaisir infini du fugace et de l’éphémère, de cet instant rare où s’élaborent les ruines volantes, du passé qui ne passe pas, de ce qui n’existe pas encore. Ce que Roland Barthe, en évoquant le paquet japonais, appelle la « trace légère ». C’est ainsi que, malgré les apparences, les œuvres de l’artiste transpirent de la douceur. C’est comme si le corps se faufilait déguisé entre les atomes de ses propres membres, comme si la matière n’était là que pour désigner les frontières entre les choses et leur invasion par la poussière, l’invasion de ce qui était vivant et s’est transformé en éclats épars, sans langue, sans histoire, anonymes, pour ressurgir dans l’œuvre comme un fleuve de poésie. Il y est quelque chose qui ressemble à un plaisir érotique inavoué, qu’on garde derrière les lèvres, en silence, ce plaisir évoqué par Platon exaltant cette déesse dont les pieds s’apparentent à des ailes qu’on ne peut toucher qu’avec une infinie délicatesse. Il en est ainsi dans cette composition où des doigts s’élèvent vers le ciel, ou dans cette autre qui donne à voir des ossements arpentant les murs en laissant le vent à son envie d’agir, comme s’ils disaient leur refus de s’envoler.

Ces bribes de vies, Yasmina les a-t-elle gardées en mémoire après son retour des États-Unis, du Japon, de l’Orient, de l’expérience de la mort ? Ce sont ces choses ressemblant aux vérités microscopiques de l’âme, ces « vérités futiles », comme disait Nietzsche, qui incitent l’artiste à trouver asile dans les coins de murs détruits, pour réaliser des chefs-d’œuvre qui ne durent que le temps d’un rythme, comme la vie.

Dans l’art de la plasticienne, il est un miroir qui interpelle celui qui a fréquenté longuement la matière : la poussière, le sable et ce qui reste des choses figurent la neutralité, si, par le mot, on entend éloignement et évasion. Ne se saisir de rien, ne rien rejeter, ne rien posséder, laisser les choses évoluer, comme le vent, comme la décomposition de la chair et la survie des os témoignant de ce mal appelé l’envie de vivre, de cette mémoire de ce qui fut et de ce qui sera. Marqué par les guerres et les catastrophes, le XXème siècle a inventé la mort sans résidus, le spectacle de crânes, de livres, de papillons et de chandeliers sans vie. Et le reste ? Des cendres, de la terre, de l’oubli et un passé plus oublieux que tout… A savoir tout ce qui avoisine le léger, l’éthéré, le transparent, l’instantané et le fragile… ou le signe vide.

Dans les œuvres de l’artiste, l’amoncellement des choses s’établit à partir de rien, d’un sujet sans sujet immédiat, d’un rêve inutile destiné au désir des philosophes, à quelque chose de dépourvu du plaisir secret de l’inachèvement et de l’indécision, une sorte de désir négligent. Une sorte de « peut-être »…

Dans l’art en général, rappelle Walter Benjamin, la représentation du fugace requiert de connaitre les caractéristiques des choses éphémères pour œuvrer à les immortaliser dans un travail artistique qui, ainsi, s’avère flamme et vie. En dépit de la décomposition qui ravage toute chose, une lutte pour survivre s’engage, celle entre ces choses éphémères et la « vérité », qui, dans ce qui fut comme dans ses rêves, découvre le secret de sa pérennité. C’est que le fugace ne périt pas, car les sentiments dont il est envahi l’imprègnent de nos expériences, des souvenirs de notre enfance, de nos vies, pour nous permettre de découvrir, non des squelettes et des crânes, mais un autre mode d’existence des choses qui retrouvent ainsi toutes leurs vérités perdues.

Hassan Bourkia

Traduit par Youssef Wahboun