SEDIMENTS - MONOCHROMES

Silver, Black, White Square #1, 2017 - Acrylic paint, plaster, salt and Kôhl on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in

Silver, Black, White Square #1, 2017 - Acrylic paint, plaster, salt and Kôhl on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in

Silver Rectangle # 1, 2017 - Acrylic paint, salt and Kohl on wood - 176 x 230 cm - 69.3 x 90.5 in.

Silver Rectangle # 1, 2017 - Acrylic paint, salt and Kohl on wood - 176 x 230 cm - 69.3 x 90.5 in.

Silver Square #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, salt, kohl minerals, ashes and gravel on wood - 158x158cm-62.2x62.2in.

Silver Square #1, 2016 - Acrylic paint, pigments, salt, kohl minerals, ashes and gravel on wood - 158x158cm-62.2x62.2in.

Silver Trio Kôhl #1, 2017 - kôhl, pigments and camel remains on wood panel - Triptych: 71.6 x 98 in | 182 x 249 cm

Silver Trio Kôhl #1, 2017 - kôhl, pigments and camel remains on wood panel - Triptych: 71.6 x 98 in | 182 x 249 cm

Silver Plaster Rectangle #1, 2017 - Kôhl and plaster on wood panel - 40.1 x 30.3 in | 102 x 77 cm

Silver Plaster Rectangle #1, 2017 - Kôhl and plaster on wood panel - 40.1 x 30.3 in | 102 x 77 cm

Black Rectangle #2, 2017 - acrylic paint, plaster and gravel on wood panel - 59.1x74.8in | 150x190cm

Black Rectangle #2, 2017 - acrylic paint, plaster and gravel on wood panel - 59.1x74.8in | 150x190cm

Black Trio #2, 2017 - Acrylic paint, plaster, found objects and gravel on wood - 188 x 257 cm - 74 x 101.2 in

Black Trio #2, 2017 - Acrylic paint, plaster, found objects and gravel on wood - 188 x 257 cm - 74 x 101.2 in

Grey White Rectangle #1, 2017 - acrylic paint, ashes, kôhl, found objects and salt on wood panel - 59.1x74.8in |150x190cm

Grey White Rectangle #1, 2017 - acrylic paint, ashes, kôhl, found objects and salt on wood panel - 59.1x74.8in |150x190cm

White Square #2, 2017 - Acrylic paint, salt, plaster, found objects and gravel on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in.

White Square #2, 2017 - Acrylic paint, salt, plaster, found objects and gravel on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in.

White Square #3, 2017 - Acrylic paint, salt, plaster, minerals and gravel on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in

White Square #3, 2017 - Acrylic paint, salt, plaster, minerals and gravel on wood - 158 x 158 cm - 62.2 x 62.2 in

White Rectangle #3, 2015 - Acrylic paint, salt, plaster, ashes and gravel on wood - 152 x 196 cm - 60 x 77 in

White Rectangle #3, 2015 - Acrylic paint, salt, plaster, ashes and gravel on wood - 152 x 196 cm - 60 x 77 in

Yasmina_Alaoui_2016.jpg

Géodes de l’Atlas, gravier et peinture sur bois - 118 cm x 75 cm x 35 cm

Khôl et plâtre sur bois - 118 cm x 75 cm x 35 cm

Khôl et plâtre sur bois - 118 cm x 75 cm x 35 cm

La mémoire de la poussière

Peut-être que tout commence là : dans ce qui échappe.

La poussière n’a pas de témoin. Elle ne signe rien. Elle passe. Elle insiste. Elle se pose sans jamais s’installer. Impossible de la surprendre en faute : pas de flagrant délit pour ce qui ne fait que traverser.

La poussière ne vit pas, elle insiste à exister entre deux états. Elle est le soupir des choses, leur fatigue discrète.

Yasmina Alaoui travaille précisément là où le monde renonce à se raconter. Elle ramasse ce que nous évitons de regarder : des restes, des fragments, des matières qui ont déjà vécu. De la terre, des os, des traces de chairs disparues, des couleurs qui ont trop mûri, comme des fruits oubliés sous le soleil.

Elle n’invente pas : elle exhume. Elle arrache au temps ce qu’il croyait avoir digéré.

Dans son atelier, rien n’est pressé. Tout se dépose. La matière s’épaissit, s’agglutine, se fige lentement, comme une mémoire qui refuse de disparaître.

Ici, la main n’est pas souveraine. Elle obéit. Elle accompagne. Elle sait qu’elle ne pourra jamais saisir la poussière sans la trahir. Alors l’œil écoute. Le corps reçoit. Et quelque chose circule — une tension sourde, charnelle, qui traverse la peau plus que les doigts.

Yasmina ne fabrique pas des œuvres : elle laisse advenir des états. Elle se méfie des idées trop claires, des projets trop sûrs, de cette frénésie contemporaine qui exige des formes rapides et des résultats immédiatement consommables.

Chez elle, rien ne précède l’œuvre. Pas de plan, pas de concept plaqué. Seulement une disponibilité. Un abandon. Une lenteur obstinée qui tient tête à la violence du monde.

Ses compositions parlent de ruines, mais sans nostalgie. Des os apparaissent, non comme des vestiges macabres, mais comme des survivants. Ils ne réclament rien. Ils refusent même de s’envoler.

Ils s’accrochent aux murs, à la terre, au silence, comme s’ils disaient : nous sommes encore là. Le vent peut faire son travail, nous ferons le nôtre.

Ce qui traverse ces œuvres, c’est une douceur inattendue. Une tendresse pour ce qui s’effrite. Une fidélité à ce qui n’a plus de nom.

La matière n’est là que pour signaler une frontière floue : celle entre ce qui fut vivant et ce qui continue à l’être autrement. La poussière n’efface pas : elle transforme. Elle raconte le passé qui ne passe pas, l’avenir qui hésite, ce présent fragile où tout peut encore basculer.

Après les guerres, les catastrophes, les exterminations incessantes, il ne reste souvent que cela : des cendres, du sable, des fragments anonymes.

Yasmina ne les élève pas au rang de monuments. Elle les laisse respirer. Elle leur rend leur part d’indécision, ce « peut-être » essentiel sans lequel rien n’existe vraiment.

Ses œuvres naissent d’un désir sans objet, d’un sujet sans sujet, d’un rêve inutile — et donc indispensable.

Elles ne cherchent pas à conclure. Elles s’arrêtent juste avant. Là où le sens vacille. Là où l’inachèvement devient une forme de vérité.

Car le fugace ne disparaît jamais tout à fait. Il s’imprègne de nos souvenirs, de nos enfances, de nos peurs, de notre obstination à vivre. Il change simplement de régime. Et dans ce passage, quelque chose survit.

Non pas sous la forme d’un squelette figé, mais comme un autre mode d’existence : discret, fragile, infiniment humain.

C’est là que travaille Yasmina Alaoui. Dans cet entre-deux.

Dans cette poussière qui ne promet rien, mais qui, parfois, nous sauve.

Mahi Binebine